
On aimerait croire que la conférence dite du groupe de contact sur le Darfour, réunie à Paris par Nicolas Sarkozy, constitue une avancée sur le chemin de la paix au Soudan. Rien n’est moins sûr. On a assisté plutôt à une gesticulation de matamores : on va voir ce qu’on va voir ! Elle a commencé par une grosse bévue. Les actes manqués sont les plus éloquents. L’Union Africaine a appris l’existence de cette réunion par la presse et l’a donc boycottée. Comme d’habitude les Africains sont ceux qu’on ne consulte pas quand il s’agit de leur propre sort.
Le président français a déclaré prudemment que "la seule issue possible à la crise du Darfour est politique". Mais il y faudrait d’abord la volonté de tous les belligérants de mettre un terme à la violence. Sur cette terre désertique, grande comme la France, six millions d’habitants n’arrivent pas à subsister. Les bandes armées y font la loi pour s’emparer de misérables lambeaux de végétation. Un savant égyptien, Farouk El Baz, vient justement d’annoncer la présence d’un immense lac d’eau sous les sables de la partie nord du Darfour. Il suffirait de forer des puits artésiens pour fertiliser le pays et nourrir abondamment tous ses habitants.
Mais la malédiction du pétrole, que recèle également le sous-sol de cette région, par les convoitises étrangères qu’il attise, a fait de cette malheureuse région un enjeu international.
Ce qui n’a pas manqué d’y faire naître, au lieu de champs fertiles, la tragique escalade rébellion/répression avec la triste caractéristique des guerres d’aujourd’hui : le massacre de civils. L’autre conséquence désastreuse des combats est le déplacement massif de réfugiés regroupés dans des camps où ils ne peuvent subsister sans aide.
Le renoncement à la violence de la lutte armée n’est pas la soumission. Il faut rappeler les victoires que Gandhi, sur l’occupation coloniale de l’Inde, et Martin Luther King, sur la ségrégation raciste aux USA, ont remportées par leur détermination. Il faut relire les brefs essais, mais plus explosifs que des bombes, que sont le discours De la servitude volontaire d’Étienne de La Boëtie et l’opuscule sur La désobéissance civile de Henry David Thoreau pour apprendre qu’aucune tyrannie n’est invincible et qu’on ne se défait pas d’un maître pour se mettre sous la coupe de plusieurs.
L’inhumanité du despotisme, d’autant plus efficace qu’il se glisse dans les rouages anonymes des bureaucraties de l’ordre républicain, est sous nos yeux. Qu’une vieille femme soit arrachée manu militari au foyer de sa petite fille pour être boutée hors de France, qu’un jeune homme de vingt ans décède d’une crise cardiaque, selon les autorités, dans un car de police, c’est passé sous silence par une presse complaisante qui nous régale des footings du président. La vieille femme est centrafricaine, le jeune Français s’appelle Lamine Dieng, pas de quoi faire un flan.
Ces cas ne sont pas isolés. Les autorités françaises, dopées par les injonctions du ministre de l’intérieur Sarkozy, ont expulsé l’année dernière 25000 personnes, renvoyées au désespoir et à la mort lente auxquels elles avaient réussi à échapper. Un tel exploit a porté son auteur à la présidence et on fera certainement mieux cette année puisqu’un ministère tout entier va s’y atteler pour protéger l’identité française. Les immigrés, légaux ou non, ont de toute façon trop de famille. On va légiférer pour y mettre bon ordre. Et tout cela se fera très proprement.
Odile Tobner
Au sommaire ce mois-ci :
France Rwanda Des questions qui s’imposent
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) vient de rendre public des actes d’accusation contre deux présumés coupables de génocide réfugiés en France contre lesquels il a émis des mandats d’arrêt.
République Démocratique du Congo Situation explosive au Kivu
Décryptage de la visite de l’ambassadeur de France à Bukavu puis à Goma.
Darfour Le silence tue
La conférence de Paris sur le Darfour a accouché d’une souris : aucune décision n’a été prise et les participants ont seulement « afficher leur unité et leur détermination à œuvrer en faveur d’un règlement du conflit dans l’ouest du Soudan » . Pour le reste, on se retrouvera en septembre.
Gabon Bongo persécuté
Une actualité judiciaire de plus en chargée pour le grand ami de Chirac et Sarko
Côte d’Ivoire Quel bilan ?
A l’heure de la redéfinition du mandat et du dispositif Licorne en Côte d’Ivoire, le bilan de la présence militaire française en Côte d’Ivoire devra être fait. Avec des parts d’ombres peu glorieuses. En voici quatre exemples.
Affaire Borrel Les pieds dans le tapis djiboutien
Un communiqué publié par le Quai d’Orsay à l’origine des révélations sur les entraves de l’appareil d’Etat dans l’affaire Borrel. L’arroseur arrosé, version françafrique !
Congo Brazza Le banquet des guignols
Cafouillage et mascarade électorale : le premier tour des législatives, destinées à renouveler les 137 députés de l’Assemblée nationale, s’est déroulé de façon chaotique le 24 juin.
Interview Brice Mackosso : le pouvoir congolais craint un soulèvement populaire
Niger La rébellion est de retour
Wanagouda est Nigérien et Touareg. Il exerce des fonctions d’élu dans le Nord du Niger où a récemment éclaté une nouvelle rébellion. Le MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) dénonce Areva et la corruption du gouvernement. Entretien.
Comores La nouvelle crise séparatiste
Presque dix ans après la première sécession d’Anjouan, l’archipel des Comores est à nouveau au bord de l’explosion. L’accord de Fomboni, conclu en 2000 sous l’égide des réseaux français pour enterrer les accords de Tanarive, signé en 1999 sous l’égide de l’ONU, ne répondaient pas aux objectifs proclamés de mettre fin au séparatisme.
Biens publics Un Train peut en cacher un Autre
Les ravages de la privatisation de la ligne de chemin de fer Dakar Bamako
LIRE
Chaud Cacao !
L’ONG Global Whitness vient de publier un rapport intitulé « chocolat chaud : comment le cacao a alimenté le conflit en côte d’Ivoire », décortiquant l’utilisation de la filière cacao pour financer l’effort de guerre. On y retrouve quelques acteurs françafricains bien connus des lecteurs de Billets d’Afrique.
Une histoire pas si secrète…
L’ouvrage collectif Histoire secrète de la Vème République, rédigé sous la direction de Roger Faligot et Jean Guisnel ne se démarque pas, sur quelques sujets sensibles, des versions officielles des autorités françaises. Sur quelques points importants au moins, son titre paraît usurpé.