LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE
La coopération militaire change de
nom, pas de logique
La coopération militaire française englobe
désormais le soutien aux forces civiles de
maintien de l’ordre. Une reconnaissance
officielle de son savoir-faire en matière de répression ?
FRANCE IMMIGRATION
Les Dupond et Dupont de la politique
Huit associations ont appelé les députés
français à rejeter des accords relatifs « à la
gestion concertée des flux migratoires et au
codéveloppement”.
FRANCE AFRIQUE
Trois siècles de domination économique
Depuis le début de la colonisation, il y a
eu association étroite entre la haute
administration française et l’oligarchie
financière. C’est plus que jamais ce schéma
qui gouverne la politique de la France.
MAURITANIE
Situation pré-électorale explosive
Comment le général Abdel Aziz cherche à
légitimer son coup d’État avec l’aide de la
France, au risque de provoquer de graves troubles.
CÔTE D’IVOIRE
Dans les méandres de l’affaire Kieffer
Depuis cinq ans, les uns pointent du
doigt la présidence ivoirienne tandis que
d’autres désignent une piste française.
CAMEROUN
Lettre ouverte à Sarkozy
Extrait de la « Lettre de réforme » adressée
à Sarkozy par un citoyen camerounais.
BURKINA FASO
Or blanc et piège biotechnologique
Géocoton, directement impliquée dans le
développement du coton transgénique avec
l’appui indirect de l’Agence française de
développement (AFD).
A VOIR
Katanga Business, fi lm
militant malgré lui ?
Le dernier film documentaire du réalisateur
de « Mobutu, roi du Zaïre ».
L’Histoire a son éloquence propre, en dépit de tout ce qu’on essaie de lui faire dire de contraire à l’évidence. Nous assistons à la troisième grande ruée sur l’Afrique, inépuisable réservoir de puissance. Il y a eu d’abord, du XVIe au XIXe siècle, la grande déportation, unique dans l’histoire des peuples, de la traite et de l’esclavage en Amérique, ce dont témoigne suffi samment la masse de la population afroaméricaine du nouveau monde. « Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique pour s’en servir à défricher tant de terres », constate froidement Montesquieu.
Puis il y a eu le grand partage du traité de Berlin en 1885, qui a assigné aux puissances européennes chacune son morceau d’Afrique, devenue source de denrées agricoles exotiques, de minerais divers autant que précieux et surtout d’énergie fossile, indispensable aliment du mode de vie actuel. La France est la seule qui ait réussi jusqu’à présent, à maintenir sous sa domination politique, économique et militaire son domaine colonial. C’est la Françafrique, dont on a annoncé mille fois le décès et qui donne cependant toujours des signes manifestes d’existence.
La troisième période de l’exploitation voit se concentrer aujourd’hui sur l’Afrique la faim des matières premières qui nourrissent les grands pays du monde. L’Amérique et l’Asie viennent maintenant prendre leur part du gâteau africain. Les forestiers et les compagnies minières du monde entier se pressent pour avoir un bout de territoire à exploiter. Cette nouvelle colonisation prospère sur les structures mises en place par la précédente : impotence des États qui sont gangrenés par la corruption, gouvernement par la fraude et la violence des oligarchies qui bradent les richesses du patrimoine national au bénéfi ce partagé entre elles et les multinationales étrangères, déchaînement des guerres civiles entre les clans qui veulent contrôler les territoires, appuyés eux-mêmes sur les rivalités des puissances mondiales dans leur course aux matières premières. Le tableau est apocalyptique.
Mais, quand on parle de remède dans la bonne gouvernance, il faut dire où est la véritable mauvaise gouvernance à laquelle il faut impérativement remédier. C’est celle des maîtres du jeu que sont les organisations internationales et les sociétés multinationales dont la coexistence montre sa malfaisance particulièrement en Afrique, où les gouvernants ne sont que leurs fondés de pouvoir. Territoire d’élection, depuis si longtemps, de la domination étrangère, l’Afrique est la preuve agonisante de la logique de dévastation qui la conduit.
Ne prenons qu’un exemple avec le cas de l’exploitation du minerai uranifère du Niger par la multinationale française Areva, ex-Cogema. On vient d’inaugurer en grande pompe la plus importante exploitation d’Afrique à Imouraren au Niger.
Selon Areva, « cette exploitation permettra au Niger de doubler sa production d’uranium actuelle et de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs ».
Cette affirmation est grossièrement mensongère puisque le Niger ne produit pas une once d’uranium mais seulement du yellowcake, produit semi-raffi né. En fait, c’est la France qui est le deuxième producteur mondial d’uranium alors qu’elle ne possède qu’une infime quantité de minerai uranifère sur son sol. En trente ans d’exploitation Cogema-Areva est devenu l’un des premiers groupes mondiaux, affi chant des bénéfices impressionnants. Dans le même temps, le Niger se traîne dans les derniers rangs en terme de revenu par habitant, 154e sur 163 pays. Cherchez l’erreur !
C’est avec tout l’aplomb qu’on lui connaît et surtout bien cornaqué par l’Élysée que François Fillon a effectué au Cameroun sa première visite en Afrique. Il a plaidé pour une nouvelle relation France-Afrique, toujours « fondée sur la vieille amitié qui nous unit » mais « débarrassée des scories du passé ». « Nous voulons sortir des malentendus, des clichés, des caricatures ». Un discours toujours rabâché, deux ans après l’élection de son patron.
Le Tchad ? « Chacun voit bien que la solution des problèmes du Tchad ne sont pas au Tchad. Elle se trouve au Soudan, elle se trouve dans le règlement des conflits qui affectent le Soudan et ses voisins », a-t-il répondu aux étudiants de l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC) à Yaoundé. Ceux-ci voyaient tout autant la responsabilité de la France dans la situation tchadienne. Ce à quoi, Fillon a répondu que « le président Nicolas Sarkozy et lui ne voulaient pas qu’elles [les forces françaises] jouent de rôle dans la politique intérieure du Tchad », « C’est la raison pour laquelle ces forces armées ne sont pas intervenues lors de la crise qui vient d’avoir lieu au Tchad, et qui a vu la victoire armées tchadiennes sur les forces rebelles ». Pas même un peu de renseignement au profit de l’armée tchadienne ?
Des transporteurs aériens qui ont livré des armes dans des zones de conflit en Afrique ont aussi convoyé de l’aide humanitaire dans ces régions, selon une étude publiée, le 12 mai à Stockholm, par l’Institut international de recherche pour la paix (SIPRI). Le SIPRI affirme que 90% des compagnies aériennes identifiées dans du trafic d’armes ont été utilisées pour de l’aide humanitaire par des agences des Nations-unies, des pays membres de l’UE et de l’OTAN et d’importantes ONG. Il cite des compagnies africaines mêlées à du trafic d’armes : Astral aviation, African International Airlines et Trans Attico, une compagnie enregistrée au Soudan. Plusieurs sociétés de sécurité privées américaines ont utilisé des transporteurs aériens et affrété des appareils « impliqués dans du trafic d’armes au profit de milices qualifiées par le gouvernement américain de terroristes ».
Ainsi, la société Dyncorp, qui fournit au gouvernement américain une assistance en matière de sécurité, est citée dans ce rapport comme ayant utilisé la compagnie Aerolift, accusée en 2006 par le Conseil de sécurité d’être impliquée dans du commerce d’armes en faveur d’une milice islamiste du sud de la Somalie, le groupe Al-Shahab. Le rapport du SIPRI ajoute que des transporteurs aériens impliqués dans des opérations de maintien de la paix et d’aide humanitaire ont aussi contribué à transporter des matières « sensibles en zones de conflit comme de la cocaïne, des diamants, des métaux précieux. »
Le revenu par habitant en Afrique, déjà si faible, sera en baisse en 2009, pour la première fois depuis 1994. C’est la conclusion de la table ronde organisée le 19 mai à Dakar par la Banque africaine de développement (BAD). Le président de la BAD, Donald Kaberuka, a également indiqué que cette baisse touchera aussi bien « les économies riches en pétrole et minerais que les pays dépendant de leurs exportations agricoles ». A supposer, bien sûr, que les revenus des industries extractives soient redistribués et non pas détournés au profit de gouvernants avides.
Cette réunion était consacrée aux effets de la crise mondiale sur l’Afrique et au cours de laquelle circulait un document intitulé : « L’Afrique et la crise économique mondiale, stratégies pour préserver les fondements de la croissance à long terme ». On pouvait y lire que « le pire est peut-être à venir » car « il apparaît que même le taux de croissance modeste de 2,8% (pour l’Afrique en 2009) aurait été optimiste ». Mais c’est encore trop optimiste à la lecture du rapport annuel d’Amnesty International : « La crise économique est aussi une crise des droits humains : le monde est assis sur une bombe à retardement sociale, politique et économique ».
« Tous les pays doivent donner la priorité à un renforcement bien conçu de leurs filets de sécurité sociaux, ou au moins à les protéger des coupes ». Une déclaration du directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, le 19 mai dernier, devant les ambassadeurs africains à Washington qui ne manque pas de sel quand on sait que l’institution a participé activement, dans les années 90, au démantèlement des services publics sous couvert d’ajustements structurels.
« C’est vital si l’on veut protéger les plus vulnérables des ravages de la crise », « les enjeux en Afrique sont plus élevés qu’ailleurs dans la mesure où la proportion de personnes vulnérables y est forte » a-t-il ajouté comme une lapalissade. Dominique Strauss-Kahn a aussi conseillé aux gouvernements africains de prendre des mesures de relance fiscale et monétaire pour empêcher la crise d’augmenter la auvreté. Mais comment donc financer la protection sociale en abaissant des recettes fiscales déjà bien ridicules ? Et depuis quand les pays de la zone franc ont-ils un quelconque pouvoir en matière de politique monétaire ?.
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Le revers de la médaille est que nous avons pris un peu de retard sur le calendrier des mises en ligne que nous allons tâcher de combler au plus vite. Vous pouvez d’ores et déjà télécharger les billets de décembre 2007 et janvier 2008 au format pdf en attendant la version article par article.
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